Sankai Juku

« Rares sont les chorÉgraphes qui font sentir des notions aussi improbables que l’invisible, l’intime, le mystÈre de soi. Pour ceux qui acceptent de se plonger sans a priori dans ce rituel contemporain, cette aventure-lÀ est possible. » (Le Monde, Paris)

Déjà 35 ans que Sankai Juku exerce son pouvoir de fascination sur les amateurs de danse du monde entier. Il faut dire que les œuvres de son fondateur et directeur artistique, Ushio Amagatsu, sont remarquables. Denses, hypnotiques, d’une beauté austère et renversante, elles articulent sa vision très personnelle du butô et procure une expérience inoubliable. Après avoir offert Kagemi à guichet fermé à Danse Danse en 2006, la célèbre compagnie nous revient avec Hibiki (Lointaine Résonance), une création ayant été couronnée d’un prix Laurence Olivier (Meilleure production chorégraphique) à Londres en 2002. Tout simplement magnétique.

Sankai Juku« Hibiki est une merveille d’agencement et dÉquilibre entre le mouvement, la musique, le dÉcor et les Éclairages. Elle grave des images d’une puissance extrÊme dans la conscience du spectateur. C’est une expÉrience esthÉtique unique et suprÊme, une vÉritable “École” de design en termes de dÉveloppement du mouvement, de la mise en scÈne, des costumes, du concept, bref, un must pour tous ceux qui admirent la beautÉ. » (Ynet, Tel-Aviv)

Hibiki
Dans son très beau texte accompagnant Hibiki, Ushio Amagatsu termine par ces lignes : « Le bruit de la circulation du sang dans le ventre de la mère ressemble au mouvement des vagues. C’est la première résonance qui nous parvienne. » Divisée en six tableaux, Hibiki est, en quelque sorte, une invitation à capter cette résonance, à prendre le pouls de l’univers. Vêtus de longues robes, le crâne rasé et le corps enduit de poudre blanche, les danseurs se font ici médiums, sensibles aux oscillations du monde, au « dialogue entre les consciences » auquel fait allusion Amagatsu dans ses notes d’accompagnement.

« [Hibiki] remonte ainsi une vie qui a l’inflexion des choses vÉcues que l’on prÊte aux Ombres – anCÊtres, images profondes, apparitions de l’Âme libÉrÉe des affects. » (Midi Libre, Montpellier)

Comme toutes les œuvres d’Ushio Amagatsu, Hibiki possède une qualité rituelle. Sur la scène couverte de sable fin, de grandes coupelles de verre recueillent des gouttes d’eau qui s’écoulent du ciel. Les gestes méticuleux, les interprètes renversants d’intensité, la scénographie, les éclairages, la trame sonore : chaque composante du spectacle est aboutie et contribue à créer un tout magnifique.

Ushio Amagatsu
Né en 1949, Ushio Amagatsu suit une formation en danse classique et moderne à Tokyo avant de se tourner vers le butô. Courant de danse contemporaine né au Japon au début des années 60, le butô cherche à réinventer la beauté à partir du désastre que constituent Hiroshima et Nagasaki. Issu de la deuxième génération des artistes de butô, Amagatsu s’efforce d’en donner une version plus claire, plus transparente. Pour lui, le butô est plus qu’une technique formelle ou un style académique; il tend à articuler le langage du corps afin de trouver, au plus profond des êtres, un sens commun, une universalité sereine, quitte à y parvenir par l’entremise de la cruauté et de la brutalité. Son cheminement artistique et le fruit de sa longue recherche personnelle s’expriment dans son Dialogue avec la gravité, publié chez Actes Sud en 2001.

Sankai Juku« Je veux penser que la danse commence dans le processus qui précède la naissance, et même plus avant, dans la répétition d’une évolution qui prit des centaines de millions d’années. Se lever, se tenir debout, bouger, aucun mouvement ne se fait sans impliquer la gravité, sans engager un échange avec elle. À plus forte raison en va-t-il ainsi de la danse, qui est donc un dialogue avec la gravité. »

Hors compagnie, Amagatsu a chorégraphié Fifth, une pièce pour cinq danseurs présentée à Tokyo en 1988. Il a aussi mis en scène Le Château de Barbe-Bleue (Béla Bartók), spectacle monté à l’occasion du Tokyo International Forum en 1997, ainsi que Trois sœurs, un opéra de Peter Eötvös. Présenté à l’Opéra de Lyon, au Théâtre du Châtelet de Paris, au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles et à l’occasion du Wiener Festwochen à Vienne, Trois sœurs fut couronné du Prix du Syndicat National de la Critique en France.

Nommé Chevalier des arts et des lettres en France, Ushio Amagatsu est également lauréat du prix Geijutu Sensho pour l’ensemble de son œuvre. Découvert à Montréal en 1987 au défunt Festival international de nouvelle danse avec Jomon Sho, de retour en 1990 avec Unetsu puis en 2006 avec Kagemi, Amagatsu et sa troupe fascinent à chacune de leurs visites.

« La grande beautÉ visuelle qu’annonÇait la venue de la troupe japonaise Sankai Juku a fait son Œuvre hier soir À la Place des Arts, alors que la moitiÉ de la salle s’est levÉe pour dire son Émotion. » (Le Devoir)

« Kagemi, par-delÀ la mÉtaphore du miroir est une Œuvre intrigante et complexe. On en sort ÉpuisÉ, mais empli jusqu’À plus soif. » (La Presse)

Sankai Juku
Fondée en 1975, Sankai Juku, qui signifie « l’atelier entre la montagne et la mer », fait ses débuts au Japon. Avec Kinkan Shonen (1978), sa première pièce d’importance, la compagnie secoue le public en offrant une nouvelle image du butô. À la fièvre radicale et protestataire ayant donné naissance à cette forme de danse, le directeur artistique de Sankai Juku oppose un sens plus cosmogonique. Pour lui, la force du mouvement, de l’impulsion et de l’expression ramène inévitablement aux origines du monde.

« Les Sankai Juku se laissent observer comme une espÈce humaine inconnue dont on dÉcrypte le rÉbus peu À peu, À mÊme la peau marbrÉe, couverte de poudre blanche qui se disperse au cours du spectacle. […] Entre sourire et grimaces, spirales et spasmes, aveugle À tout ce qui n’est pas cette possession sans Échappatoire, le Sankai n’existe que dans cette prÉsence irrÉductible, cette acceptation des sensations dont il se fait le rÉceptacle. » (Le Monde, Paris)

En 1980, la compagnie est invitée au Festival de Nancy, en France. Le succès est tel que Sankai Juku est inscrite au programme du Festival d’Avignon la même année. L’Hexagone a le coup de foudre et l’onde de choc se propage; les Japonais seront quatre ans en Europe, invités dans les plus grands théâtres et festivals. Depuis 1982, les pièces de Sankai Juku sont d’ailleurs finalisées en France et montées au Théâtre de la Ville de Paris.

Après l’Europe occidentale, ce sera au tour des deux Amériques, des pays de l’Est et du reste de l’Asie de découvrir Sankai Juku. Aujourd’hui, toujours basée à Tokyo, Sankai Juku est la compagnie japonaise qui fait le plus de tournées internationales. Elle a été accueillie dans plus de 700 villes, réparties dans 43 pays.

CrÉdits

HIBIKI (Lointaine résonance)
Mise en scène, chorégraphie et mise en espace Ushio Amagatsu. Musique Takashi Kako, Yoichiro Yoshikawa. Danseurs Ushio Amagatsu, Semimaru, Sho Takeuchi, Akihito Ichihara, Ichiro Hasegawa, Dai Matsuoka. Coproduit par Théâtre de la Ville (Paris, France), Hancher Auditorium, University of Iowa, USA, Biwako Hall, Center for the Performing Arts, Shiga, Japan, Sankai Juku. Collaboration CNCD d’Angers-I’Esquisse, France. Direction de production Pomegranate Arts (Linda Brumbach).
Sankai Juku est soutenue par Agency for Cultural Affairs Government of Japan in the fiscal 2010 et Shiseido.
Photo © Masafumi Sakamoto

DurÉe 

90 minutes – sans entracte

www.sankaijuku.com

HAUT