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Hofesh Shechter Hofesh Shechter

 

« On en reste médusé, happé par l’énergie magnétique qui surchauffe la scène et la salle. […] On a conscience d’assister à un moment magique que l’on ne reverra pas de sitôt. La Otra Orilla, un nom de troupe à retenir et, si elle repasse à Montréal, se précipiter! » (La Presse)

Rythmes complexes, chants déchirants, gracieux ports de tête et talons martelant le sol : le flamenco prend possession du corps et ravit l’esprit. Il évoque les nuits blanches, l’âpreté de la vie et les amoureux éconduits. Art dont les origines remonteraient au XVIe siècle espagnol, le flamenco demeure une tradition artistique bien vivante, qui s’enrichit constamment. Le public de Danse Danse sera à même de le constater avec le tout nouveau spectacle de La Otra Orilla, une compagnie flamenca en pleine ascension, fondée par la danseuse Myriam Allard et le chanteur Hedi (El Moro) Graja. Avec une saine rigueur et une fougue irrésistible, l’inspirant duo livre l’essence du flamenco dans un contexte contemporain.

El12

« Le temps, c’est une promesse et la mort, offertes simultanément. » (Myriam Allard et Hedi Graja)

Le nombre 12 est le point de départ de la nouvelle création de Myriam Allard et Hedi Graja. Revêtant des symboliques diverses selon les époques et les cultures, il constitue la structure rythmique (compas) la plus caractéristique du flamenco, son noyau dur. Envisagé comme un cycle complet, le nombre 12 représente le début et la fin. Il renvoie directement à un concept universel, celui de l’écoulement inexorable du temps. Le temps qui nous est donné et simultanément arraché; le temps que l’on croit détenir et qui nous échappe. Le 12 est cet instant paradoxal, limite et non partie du temps, qui « apparaît comme la scansion de la continuité du temps; il assure la continuité, la soudure, en même temps que la coupure entre ce qui est et ce qui n’est pas encore ». (Nicolas Grimaldi — Ontologie du temps)

La Otra Orilla

Fondée à Montréal en 2006, la compagnie d’art flamenco La Otra Orilla (l’autre rive) est née de la rencontre des artistes Myriam Allard et Hedi « El Moro » Graja. Directeurs artistiques de l’organisme, Allard et Graja partagent une même vision de la discipline et du travail de création. Leur conception – et leurs convictions – quant à l’approche du flamenco découlent d’une connaissance approfondie des nuances et des modulations de cet art, acquise au cours de nombreuses années passées en Andalousie.

La Otra Orilla incarne et célèbre le caractère intemporel et universel du flamenco avec un répertoire qui compte actuellement trois pièces : Declaración en idioma flamenco, présentée à guichets fermés à Québec et à Montréal en février 2006; Denominación de Origen Descontrolado, un succès public et critique offert en tournée québécoise au cours de la saison 2007-2008; MuE_s, un spectacle chaudement applaudi, donné dans le cadre du Festival Montréal en Lumières 2008. Par ailleurs, des extraits de leur première création, Declaración en idioma flamenco, étaient présentés au théâtre Alegrias en La Nacional à New York, au Festival International Danse Encore de Trois-Rivières ainsi qu’au Festival de flamenco de Montréal.

« Dans MuE_s, présenté à Tangente, comme dans Denominacón de Origen Descontrolado, dansé au Plaza, le chant, la musique et la danse s’accordent aux registres étalés de l’émotion flamenca. Le désir de perfection […] s’allie à la désinvolture et à la beauté dans le tourbillon des sensations. » (Cahiers de théâtre Jeu)

Myriam Allard

La danse de Myriam Allard s’appuie sur sa pleine possession de la tradition flamenca la plus orthodoxe. Elle se caractérise aussi par un travail constant de recherche et de personnalisation. Après plusieurs années de formation académique à Séville et à Madrid, Myriam Allard perfectionne son art auprès de Rafaela Carrasco, Alejandro Granados et Pilar Ortega. Ses premières expériences professionnelles sont celles des tablaos flamencos (Séville, Madrid, Japon), et culminent avec sa participation à la création du spectacle Galvanicas, chorégraphié par Israel Galván (Séville), l’un des grands créateurs de flamenco de la nouvelle génération. Invitée par des compagnies européennes et canadiennes, Myriam Allard a notamment collaboré avec Fani Fuster (Toulouse), Shawn Hounsell (Montréal) et Antonio Arrebolla (Séville). La danseuse dirige par ailleurs des classes de maître dans plusieurs villes en Europe et en Amérique du Nord, dont Paris, Vancouver et New York.

 « Je trouve Myriam Allard unique parmi les danseurs de flamenco. Redoutable, franche et extraordinaire à regarder, elle pivote comme un général et fonce comme un aigle; elle est la plus contemporaine des danseuses du genre. » (The Dance Current)

Hedi Graja

Artiste pluridisciplinaire, Hedi « El Moro » Graja est né un pied sur chacune des rives de la Méditerranée. Son parcours artistique débute par l’étude du théâtre à Paris, suivie d’une formation en chant lyrique au Conservatoire National Régional de Toulouse. C’est d’ailleurs à Toulouse, et par l’entremise de la danse, qu’il se découvre une passion pour le flamenco. Il part donc en Espagne pour explorer davantage cette forme d’art. À Séville, le chant flamenco s’impose à lui comme moyen d’expression privilégié. Autodidacte, il apprendra d’abord en écoutant les grands maîtres cantaores, et en fréquentant les fiestas. Il perfectionnera aussi son art auprès des chanteurs David Lagos et Rafael Jiménez.

Après quatre années passées en Andalousie, il rentre à Paris. Il y complète une licence en Lettres et Arts à l’Université Denis-Diderot, tout en travaillant comme comédien au sein de la compagnie Le Théâtre du Voyageur.

L’art flamenco

Pour l’artiste comme pour le témoin, le spectateur, vivre un authentique moment flamenco, c’est éprouver dans sa chair et son âme une émotion à la fois lointaine et familière, répondre à un écho venu du fond des âges : le cri de notre commune et inéluctable condition humaine.

D’une intensité exceptionnelle, et incontestablement viscéral, le flamenco s’avère un art d’une extrême complexité, malgré son apparente simplicité. Pour rendre justice aux subtilités de ses pratiques vocales, de ses harmonies, de ses rythmes souvent déroutants pour les non-initiés, de ses textes, de ses chorégraphies aux structures recherchées et de son répertoire de « phrases » (falsetas) venues de la nuit des temps, il faudrait un ouvrage considérable.

On dira donc ici qu’il est le fruit – sauvage et magnifique – de l’Andalousie, planté par des civilisations très anciennes et mûri sous un soleil impitoyable. Il s’est développé au rythme des conquêtes, migrations, persécutions et bouleversements s’étant succédé sur cette partie de la péninsule ibérique. Né dans la marginalité, il fut nourri par les souffrances de l’exode et les rigueurs de l’existence. Art des exclus, le flamenco amalgame des éléments issus des cultures hispano-portugaise, perse, arabe, chrétienne, juive, gitane et même africaine. Le fait que le flamenco soit souvent ? et faussement ? attribué aux seuls gitans, originaires du nord de l’Inde, tient au rôle fondamental qu’ils ont joué quant à sa diffusion. Ils ont également une manière propre d’interpréter le flamenco et d’en privilégier certains styles, sans compter qu’ils lui font une place très importante dans leur vie quotidienne.

Avec des composantes remontant jusqu’avant l’ère chrétienne, on est surpris d’apprendre que le flamenco, tel qu’on le connaît aujourd’hui, n’apparaît qu’au milieu XVIIIe siècle. Les spécialistes s’entendent sur la « date de naissance » du flamenco, mais ils croient aussi que l’art florissait déjà au sein des familles et communautés. Ainsi, le terme flamenco fut imprimé pour la première fois dans un programme madrilène vers 1853, époque où il fait son apparition dans les cafés « chantants ». Il sera donc « découvert » et apprécié par les intellectuels et la haute société, puis exporté à l’extérieur de l’Espagne.

À l’origine, il semble que l’art flamenco se soit d’abord manifesté par l’entremise du chant; la guitare, puis la danse seraient ensuite venues enrichir la forme. Chez les hommes, cette dernière se caractérise avant tout par le frappement des talons ou de la plante des pieds sur le sol. Du côté des femmes, la danse repose davantage sur la grâce et la force de l’expression corporelle, les attitudes et le mouvement des bras et des mains.

Mais qu’il s’exprime par l’entremise de la voix, de la danse, de la guitare ou des trois à la fois, qu’il jaillisse d’un cercle d’intimes ou d’une troupe sur les planches d’un théâtre, le flamenco transporte hors de soi, hors du temps. Il tire sa puissance extraordinaire, sa manière unique de nous chavirer, dans la tristesse comme dans la joie de la mémoire collective des peuples qui l’ont forgé.

 

CRÉDITS :

El12(2010)

Direction artistique : Myriam Allard et Hedi (El Moro) Graja
Danse et chorégraphie : Myriam Allard
Chant et mise en scène : Hedi Graja
Composition musicale et première guitare : Caroline Planté
Deuxième guitare : Kraig Adams
Percussions : Éric Breton
Conception des éclairages : Blanc / Laurent Routhier
Conception de la vidéo : Geneviève Allard
Costumes : Susana Vera
La Otra Orilla bénéfie d'une résidence de création offerte par la Place des Arts pour cette création.
Photo : Shany Bélanger

www.laotraorilla.net

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