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Ceux qui ont goûté le style incomparable de Sidi Larbi Cherkaoui (Foi, 2003) courront voir Myth, une œuvre foisonnante, échevelée et touchante, réalisée à l’invitation de la Toneelhuis d’Anvers en Belgique. Myth se lit comme un rite de passage, une course contre les ombres pour 14 danseurs-acteurs, accompagnés sur scène par 7 musiciens de l’ensemble Micrologus. Décor monumental – bibliothèque/salle d’attente/limbes –, scénographie multipliant les points de fuite, chants italiens et arabo-andalous du XIIe  siècle : Myth enchevêtre les styles et les symboles, les époques et les repères pour débusquer l’humain au-delà des frontières érigées par l’ethnicité ou la religion. Une œuvre passionnante, signée par le chorégraphe le plus courtisé d’Europe.

Myth

« D’une virtuosité et d’une inventivité extraordinaires »,selon Le Quotidien flamand, Myth pose la question suivante : comment gère-t-on nos ombres, ces parts obscures de nous-mêmes qui, bien qu’invisibles, nous révèlent paradoxalement au grand jour – L’œuvre met en scène 14 remarquables artistes – danseurs, acrobates, acteurs – et les chanteurs et musiciens dans un décor imposant. L’ingénieuse scénographie permet de modifier l’environnement au rythme des séquences narratives qui tantôt se succèdent, tantôt se juxtaposent. Sidi Larbi Cherkaoui décrit ce lieu comme étant « une salle d’attente devant une grande porte. On ne sait pas si les gens vont être envoyés au paradis ou en enfer, chez le médecin ou en présence d’un dieu, ou s’ils vont être renvoyés sur terre ».

« Le décor, une vaste bibliothèque, a des allures de sanctuaire. (…) les voix de l’ensemble Micrologus (…) enchaînent des chants juifs et du chaibi, musique égypto-maghrébine, on est sous le charme. Des danseurs, de noir vêtus, se glissent sur le plateau, rampent, évoluent, tout en vitesse et délicatesse, c’est de toute beauté. Sidi Larbi Cherkaoui est un grand artiste. » (Figaro.com, Paris)

Sidi Larbi Cherkaoui

Grâce à la diversité de son bagage et à son ouverture à toutes les formes de représentation, Sidi Larbi Cherkaoui propose une œuvre extrêmement personnelle, théâtrale et éclectique. Danseur et chorégraphe né à Anvers d’une mère belge et d’un père marocain, Sidi Larbi Cherkaoui a d’abord été danseur de variété dans différentes revues et émissions de télévision en Belgique. Il entreprend ensuite des études à P.A.R.T.S., l’école que dirige Anne Teresa De Keersmaeker à Bruxelles. En 1995, il participe à un concours chorégraphique à Gand, initié par Alain Platel. Il y remporte le prix du Meilleur solo de danse en Belgique. Dès lors, Platel l’invite à participer à la création de lets op Bach (1997-1998), pièce qui sera présentée en tournée dans le monde entier.

Par la suite, il chorégraphie une « comédie musicale contemporaine » sur des compositions de Brel, et Anonymous Society (1999) en collaboration avec Andrew Wale et Perrin Manzer Allen (direction musicale). Mais c’est avec Rien de rien (2000), sa première chorégraphie en tant que membre du noyau artistique des Ballets C. de la B., que vient la reconnaissance internationale. Prototype de l’univers de Cherkaoui, où l’on retrouve le questionnement religieux, le télescopage des références et symboles, la musique en direct avec une prédilection pour les chants du Moyen âge, Rien de rien est offert en tournée en l’Europe et remporte le Prix Spécial du Belgrade International Theatre Festival (BITEF) en 2001.

Puis, pendant une année, en collaboration avec Nienke Reehorst, Sidi Larbi Cherkaoui dirige un atelier avec des acteurs handicapés mentaux qui aboutit au spectacle Ook (2002), créé pour la compagnie Theater Stap à Turnhout. Depuis, plusieurs de ses créations, dont Myth, intègrent des artistes qui, selon ses propres mots, sont « valides autrement ».

En juillet 2002, il participe au volet Le Vif du Sujet du Festival d’Avignon et y danse it dans une mise en scène de Wim Vandekeybus. En septembre de la même année, il travaille en étroite collaboration avec Damien Jalet, Luc Dunberry et Juan Kruz Díaz de Garaio Esnaola et crée la chorégraphie d’Avant pour la Schaubühne Am Lehniner Platz à Berlin. Il s’attaque ensuite à une nouvelle création pour Les Ballets C. de la B., Foi, que l’on a pu voir à Danse Danse en 2003.

En 2004, il crée un nouveau spectacle avec Les Ballets C de la B., Tempus fugit, à la demande du Festival d’Avignon. Quelques mois plus tard suit In Memoriam, une création pour les Ballets de Monte-Carlo.

En 2005, avec le chorégraphe et danseur britannique Akram Khan, il conçoit et danse zero degree, un duo qui connaît un succès mondial. En juillet 2005, Sidi Larbi Cherkaoui crée Ik hou van jou/je t’aime tu sais avec Damien Jalet, à l’occasion de l’édition spéciale du Bal Moderne qui se déroulait en plein air et simultanément dans 12 villes européennes. L’année 2005 voit aussi la création de Loin, une œuvre pour les 22 danseurs du Ballet du Grand Théâtre de Genève.

En 2006, la Toneelhuis d’Anvers l’invite en tant qu’artiste en résidence. Il chorégraphie aussi Corpus Bach, un duo pour lui-même et le danseur Nicolas Vladyslav qui explore la force théâtrale des Suites pour violoncelle de Bach. L’année 2006 salue également le retour de Sidi Larbi Cherkaoui à Monte-Carlo, où il monte Mea Culpa, une nouvelle chorégraphie pour les Ballets de Monte-Carlo. Quelques mois plus tard, le festival Théâtre et Danse de Göteborg accueille la création de End, un spectacle qu’il monte alors que la guerre au Liban fait rage entre Israël et le Hezbollah; End porte clairement les traces de ce conflit. 

En mai 2007, le public de l’opéra de Copenhague ovationnait L’Homme de bois, une œuvre pour 18 danseurs du Ballet royal danois sur une musique de Stravinsky. Sidi Larbi Cherkaoui créait ensuite Myth à la Toneelhuis d’Anvers, puis Apocryphe au Théâtre de La Monnaie à Bruxelles. Enfin, le prolifique chorégraphe offrait Origine, un quatuor créé au théâtre De Bijloke (Gand) en janvier 2008.

Parmi les nombreux engagements de Sidi Larbi Cherkaoui, notons qu’il était invité, en 2007, à tenir le rôle de curateur pour l’édition inaugurale du festival December Dance à Bruges, organisé par les Concertgebouw, Cultuurcentrum Brugge et Brugge Plus. Il s’agissait pour lui de présenter ses œuvres ? chorégraphies et installation ? ainsi que celles de gens qu’il admire. Il y invitait, entre autres, Louise Lecavalier avec le solo “I”  is Memory, chorégraphié par Benoît Lachambre et présenté par Danse Danse en février 2007.

Ensemble Micrologus

Micrologus se consacre au répertoire médiéval vocal et instrumental, profane et sacré. Fondé en 1984, l’ensemble italien dirigé par Patrizia Bovi est mondialement reconnu pour sa recherche, ses concerts et ses conférences. Son importante discographie comprend des albums s’étant mérité de prestigieux prix, notamment deux Diapasons d’or, remis par la revue Diapason, de même qu’un Academy Award, remporté en 1991 pour la musique enregistrée pour le film Mediterraneo.

Toneelhuis

La Toneelhuis d’Anvers est le plus grand théâtre municipal flamand. Depuis 2006, la direction artistique de la Toneelhuis est entre les mains de l’homme de théâtre Guy Cassiers. Directeur artistique du ro theater à Rotterdam (Pays-Bas) de 1998 à 2006, Cassiers signait par ailleurs la mise en scène de la pièce Rouge décanté, tirée du roman autobiographique éponyme de Jeroen Brouwer et offerte au Festival TransAmériques en 2007.

Au moment de sa désignation à Anvers, il décide de remplacer le modèle classique du théâtre municipal ? un vaste ensemble d’acteurs autour d’un ou de plusieurs metteurs en scène ? par une nouvelle approche. Il a donc invité six créateurs à emménager avec lui à la Toneelhuis : Benjamin Verdonck, Wayn Traub, Lotte van den Berg, Olympique Dramatique, De Filmfabriek et Sidi Larbi Cherkaoui. Chacun de ces artistes travaille d’une manière autonome à son propre épanouissement, et contribue en même temps à faire progresser la Toneelhuis dans son ensemble. Ils appartiennent tous les six à une nouvelle génération de créateurs, prête à faire souffler un vent frais sur le théâtre en Flandre et aux Pays-Bas. Dans les saisons à venir, ils créeront encore leurs spectacles sous un seul et même toit. Ensemble, ils forment le profil artistique aux multiples facettes de la Toneelhuis.

Durée : 110 minutes

www.toneelhuis.be


Crédits
Myth
Mise en scène :
Sidi Larbi Cherkaoui
Direction musicale :
Patrizia Bovi
Assistance à la chorégraphie :
Nienke Reehorst
Dramaturgie :
Guy Cools
Danse / Chorégraphie :
Iris Bouche, Ann Dockx, Damien Fournier, Alexandra Gilbert, Milan Herich, Damien Jalet, Peter Jasko, Satoshi Kudo, Christine Leboutte, Laura Neyskens, James O’Hara, Ulrika Kinn Svensson, Marc Wagemans, Darryl E. Wood
Musiciens (Ensemble Micrologus) :
Mauro Borgioni (voix, percussion), Patrizia Bovi (voix, harpe, tromba), Goffredo Degli Esposti (double flûte, pipeau, cornemuse, flûte traversière, nay), Gabriele Miracle (percussion, psaltérion), Gabriele Russo (vièle, rebec, tromba, pipeau), Simone Sorini (voix, luth), Leah Stuttard (harpe, cymbales)
 
Scénographie :
Wim Van de Capppelle, Sidi Larbi Cherkaoui
Assistance technique :
Serge Vandenhove
Création costumes :
Isabelle Lhoas, Frederick Denis
Création lumières :
Luc Schaltin
Technique :
Sanne Roels, Mark Van Denesse, Lucas Van Haesbroeck, Vanessa Court
Direction de production et gestion de la tournée :
Mien Muys
Costumière : 
Elisabeth Kinn Svensson
Promotion et diffusion :
Frans Brood Productions (www.fransbrood.com)
Conseillers au texte :
Erwin Jans, Joel Kerouanton, An-Marie Lambrechts
Production :
Toneelhuis Antwerpen (B)
Coproduction :
deSingel Antwerpen (B), Théâtre de la Ville, Paris (FR), Grand Théâtre de Luxembourg (L), Sadler’s Wells London (GB), Fondazione Musica per Roma (I), Theater Im Pfalzbau Ludwigshafen (D), Concertgebouw Brugge (B), National Art Center Ottawa (CA)
Remerciements :
les équipes de la Toneelhuis et du deSingel, Theater Stap, Rosas, NTGent, Gilles Delmas, Lise Uytterhoeven, Lou Cope, Krystel Khoury, Griet Van Laer, Jung, Catherine Mobihan

Photos : Koen Broos

Mars 2008

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